18 juillet 2020 - 86 km D+4600

Oisans Trail Tour

La première course officielle depuis mars a accueilli sur la ligne de départ 4 Tortues étaient au départ. Voici le récit de deux d'entre elles :

 

Ophélie :

Mon premier ultra en montagne

Une aventure extraordinaire partagée avec les copains...

Le départ dans la nuit se fait tambour battant. Nous sommes sur des petites Singles en file indienne, ça va très vite , il y a du monde devant, du monde derrière, impossible de ralentir, il faut suivre le rythme.

Td est derrière moi .Au bout de quelques km j’entends un bruit sourd , je me retourne, TD vient de chuter lourdement sur le sol, j’ai très peur pour lui, il me dit que ça va, qu’il a un peu mal aux côtes mais rien de grave, nous repartons sur une allure plus raisonnable , les Km défilent rapidement, le jour commence à se lever, je découvre un paysage onirique, des lacs apparaissent dans la lueur de l’aube, les montagnes se reflètent dedans comme dans un miroir, c’est splendide, TD me rejoint après avoir fait un petit détour 😅 nous faisons une pause sandwich et repartons ensemble. Le terrain est facile nous pouvons trottiner, je suis moins attentive et me tords la cheville sur une pierre me faisant tomber. La douleur est très intense, bien plus que d’habitude, TD me réconforte, je sais que ça va passer , je me relève et marche , la douleur reflue peu à peu nous pouvons repartir doucement. Arrivés au ravito au 45eme km nous prenons le temps de bien manger (même si le choix est plus que rudimentaires) je me change cachée entre deux voitures et nous repartons pour La montée au plateau d’enParis....ce fut un vrai cauchemar pour moi ... la fatigue, le soleil qui tape, cette montée qui n’en finit plus, mes yeux se ferme tout seul . Chaque pas était plus dur que le précédent me faisant douter de ma capacité à pouvoir continuer TD à mes côtés m’a supporté et soutenu.

Arrivés en haut la pause était nécessaire. Je suis allongée dans l’herbe tellement fatiguée que je veux dormir ! Mais c’est sans compter sur notre cher Claude qui arrive quelques minutes après nous , nous repartons ensemble tous les trois et la fatigue s’envole ... les forces reviennent je peux recourir, avancer.

Mais les barrières horaires se rapprochent nous avons perdu bcp de temps. Je suis très inquiète et « tourne en boucle là dessus » les nerfs de TD sont mis à rude épreuve ! Quelques km après le ravito du 66eme TD est un peu derrière moi , je reçois un message, Il me dit d’avancer de ne plus l’attendre qu’il est cuit mais qu’il fera tout pour finir ... moi aussi je veux finir, je ne veux pas être arrêtée par ces horribles barrières horaires, je débranche le cerveau, j’oublie la douleur , je cours dès que c’est possible et marche à bonne allure le reste du temps je double toutes les personnes qui sont à portée de vue.

La dernière montée au 82eme km : 3km et 600 de d+ dans la forêt paraît interminable et met le mental à rude épreuve... la fin paraît si proche mais si loin en même temps. Arrive enfin la délivrance.

J’entre dans la station, il reste quelques centaines de mètres, j’accélère je vois une trailleuse au loin j’essaye de la rattraper mais elle ne se laissera pas faire 😅... je passe l’arche d’arrivée à 20h32 heureuse d’avoir réussie à venir à bout de cette course magnifique mais tellement dure 🥰😍😍😍

 

TD :

Pour ce compte rendu de première course post coronatruc, oublions un peu les aspects techniques et les chiffres, place aux sensations !!!

*Impatient* forcément d’épingler un dossard depuis le dernier trail pré coronomachin en mars au Mont Ventoux. Avec toutes les courses de préparation annulées et des entraînements adaptés moins intenses pendant le confinement, je me suis investi sur les longues sorties nature avec ma binôme Ophélie et la petite bande de Tortues : Lolo, Pierre, Mika, The Coach Jacques, Maître Claude.

*Confiant* à quelques jours du départ. Quelques signes de progrès (quand on part de loin, on peut encore progresser 😉), et une initiation réussie aux sorties à vélo de route pour compléter l’entraînement, m’ont rassuré sur ma capacité à terminer ce premier ultra en montagne.

*Sceptique* sur l’efficacité de la logistique qui sera assurée par les organisateurs pour tenir compte du contexte sanitaire. Sera-t-elle suffisante pour m’aider à finir ? J’ai déjà vécu des courses de plus de 15h, des bons ravitos ou une bonne assistance externe sont indispensables pour des concurrents de mon niveau. Je ferai donc le choix de transporter beaucoup plus de nourriture que d’habitude.

*Joyeux* de retrouver mes futurs compagnons de route quelques heures avant le départ pour le retrait des dossards suivi d’une petite pasta party maison, dans notre location de vacances en famille : Ophélie super bien préparée et prête à en découdre, Jacques et Claude toujours aussi intarissables 😊. L’ambiance pré-course entre Tortues est toujours riche en anecdotes mémorables. Je retiens cette fois-ci ces deux-là : la découverte des (enfin !) nouvelles chaussures de Claude, et la petite séance de relaxation/sophrologie improvisée 🧘.

*Alourdi* par le sac à dos. C’est vraiment le plus lourd que j’ai préparé, la nourriture occupe une grande place, ainsi que les vêtements de rechange (la possibilité d’avoir un sac d’allègement a été supprimée à cause du coronabidule). C’est une difficulté supplémentaire, nous verrons bien si c’était la bonne stratégie.

*Excité* sur la ligne de départ un peu avant minuit. Il fait bon, je regrette déjà d’avoir mis le corsaire et le t-shirt mérinos. Mais après l’expérience météorologique de certaines courses passées, il vaut mieux trop que pas assez !

*Serein* dans mon sas de départ, ma binôme est dans le suivant, avec Jacques et Claude. Comme convenu, je l’attendrai dans quelques centaines de mètres juste avant d’attaquer le premier sentier. Je le connais pour l’avoir parcouru de jour, il donne une superbe vue panoramique sur la vallée et le massif des Ecrins. Mais pour le moment, c’est la nuit noire. Les chevaux sont lâchés ! L’étroitesse du sentier et le manque de régularité du terrain rendent cette portion difficile pour un démarrage. Je trouve que cela va trop vite, le parcours est roulant. Je chauffe trop en tenant le rythme pour ne pas perdre de vue Ophélie, je bois beaucoup.

*Pas rassuré* après une chute quelques km seulement après le départ ! Je tourne la tête à droite pour boire à la flasque, la frontale n’éclaire plus totalement le single, mon pied gauche se pose dans un petit trou que je ne vois pas, et vlan ! Je me retrouve par terre, la frontale s’échappe, le dos a fortement cogné le sol. Grosse égratignure sur le bras gauche et le genou, un futur bleu au niveau de la hanche, et des côtes droites douloureuses. Quelle loose ! Ma course est peut-être déjà gâchée ! Et par la même occasion celle de ma binôme 😣! Ça n’a pas l’air grave, j’arrive à repartir. J’ai mal aux côtes droites, le poids du sac n’aide pas. C’est comme un point de côté… qui ne passera pas. Nous continuons dans les bois. Pause pipi obligatoire, j’ai trop bu. Beaucoup de concurrents nous doublent. Nous sommes déjà seuls. Ce n’est pas plus mal, moins de stress sur le rythme.

*Pessimiste* dans la descente qui suit, pourtant mon point fort, car la pression du sac sur les côtes douloureuses sont augmentées. Pas mieux dans le début de la montée vers Vaujany. Je suis en surchauffe, je n’arrive pas à suivre Ophélie, je m’arrête pour enlever le mérinos pour ne conserver que le débardeur, tant pis si le strip-tease se fait à l’abri des regards 😉. Arrivé au premier ravito après un peu plus de 3h, je suis déjà rincé plus qu’à la normale. Je prends un paracétamol pour espérer limiter la douleur aux côtes, je n’aime pas trop faire ça habituellement. Ophélie est arrivée un peu avant pour constater la pauvreté de ce ravito. Nous repartons vite, il fait frais. Nous reprenons la montée, elle est raide et pas facile, sur un single escarpé et glissant. Ophélie me sème assez vite, nous espérons nous retrouver en haut pour une pause sandwich. J’arrive cependant à garder un bon rythme, je double des concurrents au ralenti.

*Embrumé* la tête dans les nuages sur la piste de ski passant sous le Mont-Frais. Elle est large, mais on ne distingue rien à plus d’un mètre ! Au moins le terrain est facile. Je suis vraiment seul, et quand je me rapproche assez d’un concurrent pour distinguer la lueur de sa frontale, cela me motive à accélérer un peu pour le doubler. Lorsque la brume se fait plus légère, j’ai tendance à suivre les halos des concurrents qui me précèdent au lieu de surveiller le balisage. Erreur, j’ai suivi une mauvaise piste, sur cent mètres, pas très grave, je rebrousse chemin, nous sommes plusieurs à avoir fait la même erreur. Nous quittons la piste de ski à droite pour rejoindre des hautes herbes, nous sommes maintenant au-dessus des nuages, le ciel est limpide.

*Emerveillé* en observant les étoiles une fois ma frontale éteinte, c’est magnifique ! Les pieds dans les herbes, la tête dans les étoiles ! Je me sens en forme, j’ai bon espoir de rattraper un peu du retard sur Ophélie d’ici le plateau des lacs, portion où nous avions randonné en famille au début de la semaine.

*Egaré* en bifurquant à gauche quand j’ai vu une grosse flèche dessinée sur un muret au lieu d’aller à droite rejoindre le premier lac, le Lac Carrelet. J’hésite un peu, il n’y a pas d’autres concurrents devant moi, je ne vois pas d’autres balisages à proximité. Je continue sur le mauvais sentier, un peu plus en hauteur, entraînant plusieurs coureurs. Il n’y a plus de balisage, mais je reste persuadé d’être dans la bonne direction. Quand j’aperçois au loin en contrebas à droite des frontales se reflétant sur un plan d’eau (le Lac Faucille), je me dis que c’est sûr, je n’ai pas pris le bon sentier ! Je m’arrête pour consulter la trace sur le smartphone, me repère, et cherche un raccourci pour rejoindre le Lac Besson. Deux coureurs me suivent au début, mais quand je me mets à sortir des sentiers pour faire au plus court, ils préfèrent rester sur des chemins plus fréquentés. J’arrive enfin au niveau du Lac Besson, après un détour de 1km et un peu de dénivelé. Le soleil est en train de se lever, avec les reflets en miroir sur le lac, c’est trop beau ! Je ne pense cependant qu’à prévenir Ophélie afin qu’elle ne s’inquiète pas. Surprise, elle n’est en fait qu’à 5mn devant moi, elle va m’attendre.

*Soulagé* et heureux de retrouver ma binôme sur un banc au col de Poutran, là où j’avais croisé l’avant-veille trois baliseuses un peu égarées 😉. Nous prenons quelques minutes pour déguster nos sandwichs maison devant une vue splendide. Quel réconfort ! Je me sens plein d’énergie, d’autant que je connais aussi la portion suivante qui longe en hauteur l’Alpe d’Huez et descend vers la Pierre Ronde. Cette section est peu technique et offre une belle vue. En plus, nous ne sommes pas loin de mes estimations horaires. Nous descendons tranquillement.

*Horrifié* quand j’entends hurler Ophélie devant moi, tordue par la douleur, sa cheville gauche a encore fait des siennes 😱. Elle est par terre, se retenant de pleurer, elle souffre, je ne peux rien faire. Je les connais toutes les deux, elle et cette cheville capricieuse, je ne peux qu’essayer de la réconforter. Je sais qu’elle voudra repartir pour que ça passe plus vite et oublier, tant que ce n’est pas assez grave pour la retenir plus longtemps. Et c’est ce qu’elle fait, serrant les dents, courageuse, sans rien laisser paraître, quelle battante !!! Je suis scotché, et en même temps très inquiet pour elle.

*Détendu* finalement à la fin de cette descente vers 6h30, quand ma binôme se met à me presser, trouvant que nous n’allons pas assez vite. Ce qui fait rire les bénévoles du point d’eau qui nous entendent arriver de loin. Si elle recommence à parler fort et à plaisanter, c’est que cela ne va pas si mal 😉. La longue montée en faux plat sur route qui mène au col de Sarenne me permet de récupérer. Ce n’est quand même pas encore la grande forme pour Ophélie, elle avance sans entrain. Le soleil est levé, mais nous sommes toujours à l’ombre, le coupe vent léger est obligatoire. Notre vitesse n’est pas terrible, nous savons faire mieux après 35km même en marchant, mais rien ne presse.

*Prudent* arrivé en haut du col. La vue est splendide, nous nous trouvons au dessus d’une mer de nuage, un soleil radieux réchauffe la végétation abondante, mais il nous faut redescendre à Clavans-le-Bas par un single pentu et serré. Il y a mille façons de se tordre une autre cheville là-dedans ! Une descente de 5km qui demande toute notre attention, alors que le paysage à observer est exceptionnel. Tant pis, on doit moins parler pour nous focaliser sur chaque caillou traînant sur le sentier.

*Exténué* quand, arrivé à la fin de la descente, il faut remonter au deuxième ravito à Besse, 200 mètres plus haut ! Un petit km qui nous paraît une éternité tant la descente nous a cassés. Le pire est de croiser dans l’autre sens les plus rapides, qui ont déjà plus de 20 km d’avance sur nous ! Nous tenons bon, car le ravito qui nous attend doit nous permettre de mieux repartir, il ne restera QUE la moitié à faire !

*Déçu* totalement par ce qui nous attend finalement à Besse. La soupe promise n’est pas au rendez-vous, en salé il n’y a donc que du pain et du fromage. C’est très léger pour un ravito à mi-parcours d’un ultra ! Tant pis, on va faire avec. Je me change un minimum, pas d’endroit propice à un strip-tease intégral et trop las pour plus d’effort, donc je garde le corsaire. Ophélie fait beaucoup mieux cachée entre deux voitures, avec un change total adapté aux températures estivales : on a la classe, ou on ne l’a pas 😉. Refaire le plein des flasques aux fermetures indomptables, manger et boire sans envie, se tartiner de crème solaire, bourrer dans son sac les affaires sales poussiéreuses, tout cela avec des cannes à la place des jambes, quel calvaire !!! Nous restons presque 50 minutes à Besse. Un peu avant de repartir, voilà que Claude arrive seul, le Coach est à priori derrière. Le temps d’un selfie, et nous voilà repartis, l’abandonnant à ce maigre ravitaillement. Oubliées mes estimations de temps de passage, il est 10h, nous avons déjà 1h30 de retard, l’objectif maintenant est de finir avant d’être arrêtés par les barrières horaires.

*Décalqué* par la montée abrupte qui doit nous mener aux portes du plateau d’Emparis. Nous montons de moins en moins vite. Il commence à faire très chaud. Un groupe de cavaliers nous dépasse et refuse de nous prendre en stop malgré nos supplices ! Ophélie n’a plus le moral, la voilà qui parle d’abandonner. Nous savons tous les deux que dans un ultra, ces moments les plus bas arrivent, et qu’ils peuvent disparaître. Je suis convaincu à cet instant qu’elle est capable de finir, sauf blessure évidemment, et que j’en suis capable aussi. Il faut juste se laisser une chance. Alors je lui dis : « Abandonner ? C’est possible, mais on ne peut abandonner qu’une fois revenu à Besse ». Le parcours repasse là-bas, on décidera donc à ce moment là. Ophélie dort quasiment en marchant, je m’adapte à son rythme. Nous continuons ainsi jusqu’à un point de vue magnifique donnant sur la Meije, et décidons de faire une pause dans l’herbe, comme font beaucoup de randonneurs. L’idée d’abandonner ne la quitte pas, elle est au plus bas. Je lui répète la même chose : ok, mais il faut en redescendre à Besse, donc autant se reposer, s’alimenter en profitant un moment de la vue extraordinaire. C’est à ce moment que maître Claude, qui était sur nos traces depuis le début de la montée, nous rejoint ! Quelle joie de le retrouver ! Il paraît beaucoup plus frais que nous. Il nous fait bien comprendre qu’il n’est pas question d’abandonner si proche du but. Je crois qu’en plus du repos, sa présence et ses quelques paroles ont eu un effet positif sur la forme d’Ophélie. Toujours est-il que le voilà déjà reparti, et qu’elle fonce à ses trousses ! Et maintenant, c’est moi qui ai du mal à les suivre !!! Nous apprenons que le Coach a dû abandonner au premier passage à Besse 😔. Si nous arrivons à terminer tous les 3 dans les temps, ce sera déjà bien.

*Ebahi* par le revirement complet de situation ! Il reste encore du dénivelé et des sentiers techniques à parcourir pour faire le tour du plateau d’Emparis. Le coin est extrêmement beau, avec ses lacs et la vue sur le massif des Ecrins. Il y a beaucoup de randonneurs, de tous les âges. Mais le plus épatant est ce cabri de Claude qui descend à vive allure des portions périlleuses, suivi de près par Ophénix (Ophélie revenue à la vie 😉) qui s’est remise à plaisanter de plus belle ! Claude se permet même de taper la discute avec chaque promeneur qu’il croise, histoire de nous laisser le temps de le rattraper ! Il avouera un peu plus loin avoir surdosé un peu son effort pour assurer le spectacle 😊. C’est maintenant Ophélie qui mène le train, elle ne veut pas risquer de manquer la dernière barrière horaire (oui Ophé, tu l'as déjà dit cinquante fois !) , j’essaye de m’accrocher le plus possible, Claude a baissé le rythme mais n’est pas très loin. Il faut très chaud (il est presque 14h), j’en ai marre de boire du sucré. Au petit ravito liquide km 59, l’eau plate est une bénédiction ! "Faut pas traîner, ça va être chaud pour la barrière horaire" dit encore une fois l'Ophénix, je n'ai pas pu retenir un gentil "Ferme la !" 😁. Gentil, car elle m’attend encore malgré tout dans la petite montée avant la redescente sur Besse, ses gestes d’encouragement me redonnent un peu de force.

*Découragé* dans cette descente pentue interminable vers Besse. J’arrive difficilement à courir, les côtes se réveillent en descente, les pieds souffrent, Ophélie augmente encore son avance. Mais comment fait-elle ??? J’espère qu’on se retrouvera au ravito. Elle m’appelle deux minutes avant que j’arrive. Il n’y avait pas grand-chose à se mettre sous les dents à l’aller, il y a encore moins de chose au retour 😤. Inutile de s’attarder, Claude arrive quand nous repartons, nous n’arrivons décidemment pas à le semer 😊. Même en marchant, nous avons largement le temps de respecter la dernière barrière horaire. Mais Ophélie en a assez, elle veut en finir le plus vite. Moi aussi je veux finir, mais mon mécanisme d’autoprotection ne me laissera pas me mettre dans le rouge. Après un bout sur le bitume ensemble, elle me sème de nouveau dans les sentiers menant à Auris.

*Dégouté* complètement du sucré, je n’arrive plus à avaler barres de céréales ou pâtes de fruit. Je me force quand même à petite dose, car je sais que j’en ai besoin pour arriver à Auris. Cette partie du parcours n’apporte aucun intérêt, je suis seul sous le soleil pesant, j’ai l’impression que mes pieds pèsent une tonne. Quand je vois un binôme de gars arrêtés, dont un couché, je me joins à eux. Ils repartent peu après, je m’apprête à les suivre quand Claude débarque, étonné de me trouver là, mais pas du tout étonné de ne pas voir Ophélie. Je viens de lui envoyer un message pour lui dire de ne plus m’attendre, je suis KO, je finirai comme je peux, mais je n’abandonne pas. Je n’arrive pas à suivre Claude, je dois manquer vraiment d’énergie, comme ma montre qui s’est arrêtée, je vais tâcher de me recharger à Auris avant d’affronter la dernière difficulté.

*Vidé* au dernier ravito à Auris à 18h30. Incroyable, il reste des TUCs !!! Je retrouve Claude, encore assez frais pour plaisanter avec les bénévoles, mais qui m’avoue pour la première fois qu’il en a vraiment ras le bol ! Nous sommes une dizaine de survivants, pas besoin d’être devin pour imaginer ce que nous pensons tous : nous en avons marre, nous savons qu’il reste une grosse difficulté pour finir, nous avons tous envie de lâcher l’affaire, mais nous ne le ferons pas ! Et c’est ainsi qu’après avoir mangé le maximum de ce que je peux avaler en 15mn, c’est-à-dire pas grand-chose quand même (3 TUCs, une moitié d’orange, une moitié de banane), je reprends à pas d’escargot le chemin qui mène vers Huez. Claude est déjà loin. La plupart des galériens d’Auris me doublent dans la descente sous bois vers Huez. Je n’arrive plus à courir, je n’ai pas mal aux jambes, la fatigue générale m’a simplement ôté l’envie d’essayer. Je ne pense même plus à mes côtes douloureuses. Un pas devant l’autre, un pas après l’autre, c’est la seule façon d’en finir, il n’y a pas d’autres choix.

*Reconnecté* au réel juste avant la dernière montée infernale, j’utilise la trace sur mon smartphone pour estimer le temps qu’il me reste à jouer le zombie dans la montagne. Je préviens Ophélie et Céline afin qu’elles ne s’inquiètent pas. Je vais finir, il n’y a plus de danger, il faut juste que je reste concentré, ne pas dépasser mes limites. Cette montée est une vraie torture. Je m’arrête à chaque lacet pour récupérer. L’avantage d’être seul et lent dans les bois à cette heure-ci, c’est que je n’effraie pas ses habitants naturels. Au début j’entends des bruissements, puis j’aperçois ce qui ressemble à une biche à quelques mètres. Elle longe mon chemin quelques secondes avant de disparaître doucement. Arrivé enfin en haut, je reconnais le sentier qui mène à l’Alpe d’Huez, celui qu’on a pris ce matin après le départ. Encore 3 km où j’alterne marche et petites foulées. Il ne reste plus grand-chose, il est temps que j’arrive, la nuit tombe, je n’ai aucune envie de farfouiller dans mon horrible sac puant pour ressortir la frontale !

*Délivré* quand j’aperçois de nouveau le bitume qui mène jusqu’au palais des sports d’où nous sommes partis il y a presque 22 heures.

*Heureux* d’entendre dans la pénombre la voix d’Ophélie qui m’attend à l’arrivée. YES !!! On l’a fait !!!

Photos associées : Oisans Trail 2020

18 Juillet 2020 à l'Alpe d'Huez


Commentaires

François Noharet le jeudi 30 juillet à 17:26

*Emerveillé*, *Ebahi*,  et *Admiratif* par ces recits !

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